01 décembre 2008

VINCENT BENARD PUBLIE SUR SON BLOG :Plan de relance, chronique d'un désastre annoncé

vincent benard.jpgVincent Benard publie sur son Blog "objectif liberté" l'excellent article suivant : "Plan de relance, chronique d'un désastre annoncé"

La relance, c'est l'opium des états. V.B.

Nicolas Sarkozy annoncera donc son "plan de soutien très puissant à l'activité économique" ce Jeudi 4 décembre.

Il est trop tôt pour se prononcer sur ce qu'il contiendra, et donc pour émettre des critiques fondées, mais les déclarations du président et ses actions récentes n'incitent guère à l'optimisme. Voyons simplement pourquoi un plan de relance ou de "soutien à l'économie", en général, se révèle au mieux mauvais, et au pire désastreux, et rêvons ensemble, sans grandes illusions, aux bonnes surprises qu'un gouvernement enfin revenu aux réalités pourrait nous réserver.

Les moyens de l'arrosage étatique

Dans les périodes de crise, les individus, par précaution, tendent à réduire leurs consommation de biens durables : automobiles, bâtiments, meubles, Hi-Fi... Ainsi que les dépenses jugées futiles: restauration, voyages, etc... Keynes, le père théoricien des politiques de relance, voyait dans cette épargne de précaution l'ennemi mortel de la reprise de l'économie. Un plan de relance Keynesien consiste donc à substituer à la dépense privée qui se raréfie une dépense publique soit générale, soit ciblée sur certains secteurs que le gouvernement considère comme essentiels pour de multiples raisons, comme le BTP ou l'automobile.

La gamme de moyens envisageables est large: achats publics directs, subventions aux achats privés, subventions au crédit. Mais quels que soient les moyens retenus, ces plans de relance tendent toujours à déverser de l'argent public dans l'économie, pour pousser les agents économiques à consommer plutôt qu'à épargner.

Ces plans, comme toute intervention de l'état, charrient des tombereaux d'effets pervers.

Le problème du financement du plan de relance

Tout argent public déverser quelque part ne tombe pas du ciel. Le gouvernement a trois moyens de le trouver:

> Tout d'abord, il peut augmenter les impôts. Ce faisant, il prend aux agents économiques des ressources que ceux-ci auraient pu affecter à des achats satisfaisant leurs propres besoins, pour les réaffecter aux secteurs que ses technocrates jugent prioritaires. Il tend donc seulement à réaffecter les ressources qui auraient été à Paul dans la poche de Pierre. Ce qui ira à Renault ou à Bouygues (ce qu'on voit) n'ira pas au Club Med ou à Sterckeman ou à des milliers de PME inconnues (ce qu'on ne verra pas) qui satisfont des besoins exprimés directement par les ménages. Et il est rare que les grands programmes d'infrastructures généralement décidés dans ces circonstances ne comportent pas leur lot d'éléphants blancs dans le désert et de ponts vers nulle part.

> Plus généralement, il peut relancer la dépense par le creusement des déficits. Mais dans ce cas, il doit emprunter l'argent qu'il dépense, ce qui a deux conséquences. La première est qu'une partie des détenteurs de dettes étant des nationaux, ceux ci choisissent donc de financer la dépense de l'état: l'effet est sensiblement le même que celui de l'impôt, sauf que le prêteur touche un intérêt. D'autre part, un pays comme la France peut attirer des capitaux étrangers, et donc faire payer par des capitaux venus de l'extérieur sa relance.

Seul problème: en augmentant son besoin de crédit, il augmente mécaniquement le taux d'intérêt auquel les agents économiques acceptent de lui prêter. Ce phénomène sera exacerbé par la concomitance de plans de relance à l'échelon mondial: la compétition pour les capitaux susceptibles de se prêter aux états sera plus rude, et fera monter les taux longs demandés aux états, notamment ceux considérés comme les moins fiables. Cette remontée se répercutera évidemment sur les entreprises, qui empruntent généralement plus cher leur argent que ne le fait un état, du moins tant que la signature de celui ci est considérée comme sûre. Cette hausse aggravera la situation de nos entreprises les plus fragiles.

> Enfin, certains états peuvent être tentés... D'imprimer leur monnaie. Dans ce cas, l'inflation s'installe, et l'incertitude avec elle, car lorsque l'inflation commence à déraper, personne ne sait comment cela évoluera à long terme:  les taux d'intérêts augmentent d'autant, et l'initiative privée se fait moins enthousiaste, car nul ne peut prédire ce que les valeurs créées aujourd'hui vaudront demain. Espérons qu'aucune grande puissance économique n'aura recours à de tels expédients, mais il est hélas possible que certains y songent sérieusement.

> Il existe une méthode plus subtile de favoriser la création monétaire: en subventionnant le crédit, c'est à dire la création de monnaie par les banques. Mais là encore, la mesure est inflationniste: en abaissant la barrière à l'entrée au crédit, l'état abaisse la qualité moyenne des emprunteurs, et donc provoque une augmentation des taux marginaux de défaillance... Cette création de monnaie sans création de valeur d'une part favorise l'inflation des biens accessibles par le crédit, et d'autre part fragilise le bilan des banques. Rappelons que ce sont différentes formes de subventions massives au crédit aux USA qui ont provoqué le marasme actuel. La relance par création de monnaie sans création de contrepartie en valeur réelle est toujours le prélude à de très graves ennuis.


Quelle que soit la méthode retenue, le financement d'un plan de relance se révèle au final coûter bien plus cher à long terme aux agents économiques que ce qu'il apporte à court terme. La relance, c'est l'opium des états

Le problème des comportements induits

Les plans de relance, en ce sens qu'ils sont le plus souvent sectoriels, tendent généralement à orienter la dépense privée (celle qui reste possible après les impôts...) vers les biens subventionnés au détriment de ceux qui ne le sont pas: si le gouvernement subventionne les automobiles, c'est le moment d'en acheter une, et de remettre à plus tard d'autres achats. Cela tend à renforcer l'effet de mauvaise allocation des ressources décrit plus haut.

En outre, les entreprises ont alors intérêt à consacrer plus d'énergie à devenir bénéficiaires de largesses qu'à mieux satisfaire leurs clients. Aussi, elles tendent à réduire leurs efforts d'amélioration au profit du lobbying, d'où une moindre propension des entreprises à améliorer leur offre: celles qui sont subventionnées parce que l'aide de l'état accroît sans effort la demande, celles qui ne le sont pas parce qu'a contrario leur demande baisse, réduisant leur espoir de retour sur investissement.

Par conséquent, le processus d'amélioration constante de l'offre qui tend à augmenter  continuellement notre pouvoir d'achat, en renouvelant l'offre disponible tant en qualité qu'en coût, se trouve ralenti.

Or, le seul moyen de renverser les comportements "excessivement" prudents des consommateurs est que l'offre des entreprises s'améliore dans de telles proportions (en nouveauté ou en prix) que les ménages se disent qu'il est trop dommage de rester sur la réserve et qu'il "faut y aller". Bref, la séduction de l'offre est le remède le plus efficace contre la morosité des agents économiques. Voilà qui n'étonnera guère.

Nous voyons donc que la relance par la dépense publique tend à inhiber ces évolutions comportementales, retardant la sortie de la crise.

Le faux problème de l'épargne

Keynes voyait dans l'épargne un ennemi, et pensait que le rôle de l'état en temps de crise était de favoriser la consommation des ménages. Il avait évidemment tort.

L'épargne, lorsqu'elle est dirigée vers des investissements directs ou des prêts consentis de manière libre aux acteurs les plus susceptibles de procurer du retour sur investissement, n'est que de la consommation légèrement différée. Si, au lieu d'acheter un Home Cinéma dernier cri, j'investis la même somme dans des nouvelles entreprises, ou dans des fonds obligataires qui  prêtent à des entreprises qui achètent de nouvelles machines, les salariés de l'entreprise fabriquant les machines iront à leur tour acheter des Home Cinéma, mais entre temps, mes fonds auront servi à former du capital productif qui contribuera à améliorer l'offre existante. Si au contraire, la consommation immédiate augmente au détriment de l'épargne productive, alors ce processus vertueux de renouvellement des facteurs de production est amoindri, et la croissance avec lui.

En revanche, l'épargne, lorsqu'elle tend à être orientée vers des obligations d'état, ne fait que financer l'agent économique le plus inefficace qui soit, celui dont les dépenses créent le moins de capital utile à la création de valeur ultérieure. L'augmentation des besoins de financement des états par la dette crée donc un effet d'éviction: la mauvaise épargne tend à amoindrir les ressources disponibles pour la bonne.

Non, décidément, aucun avantage de long terme ne peut être trouvé à une relance par la dépense publique.

L'expérience confirme la théorie: le cas du Japon

Sans remonter jusqu'au New Deal, un exemple récent d'échec flagrant de politique de relance par la dépense publique et l'endettement de l'état devrait nous amener à réfléchir.

Au début des années 90, le Japon a vu l'explosion d'une bulle immobilière qui a provoqué un affaiblissement des banques, une raréfaction du crédit, et donc une crise conjoncturelle d'envergure. Cela ne vous rappelle rien ? Vous avez compris, le Japon a connu la même crise que celle que nous vivons, il y a 18 ans.

Qu'a fait le gouvernement de l'époque ? Il a lancé des plans de relance absolument gigantesques devant lesquels moult observateurs de l'époque se sont extasiés, vantant la "puissance de la réaction de l'état japonais face à la crise". Le poids de l'état japonais dans l'économie est passé de 31% à 38% en moins de 10 ans. Cette stratégie fut poursuivie dans les années 2000. Pour quels résultats ?

Alors que le Japon avait connu une croissance de 4% par an dans les années 80, celle ci fut inférieure à 1% par an dans les années 90. Le Japon découvrit le chômage – certes de façon moins aiguë qu'en Europe, mais ce fut un traumatisme pour ce pays qui n'y était pas habitué – et ne s'est jamais réellement remis de cette période dépensière qui a coïncidé avec une explosion de sa dette publique, chiffrée à 176% du PIB fin 2007... 

En outre, cette période a coïncidé avec le rachat de Subaru par GM (revendu très récemment à Toyota), Mazda par Ford (en cours de revente), puis plus récemment Nissan par Renault... Même si par la suite les repreneurs ont connu des fortunes diverses, et si cela ne doit pas faire oublier l'éclatante réussite de Honda ou de Toyota, la très mauvaise décennie 90 de l'automobile Japonaise, qui devait tout écraser sur son passage dans les années 80, est le symbole le plus frappant du tout relatif déclin industriel qui a accompagné la hausse du poids direct de l'état dans l'économie.

Les bonnes surprises que nous ne verrons pas dans le plan Sarkozy

J'espère me tromper, mais la seule relance efficace, celle susceptible de nous sortir assez rapidement de la crise et de façon saine, ne figurera pas au plan annoncé par Nicolas Sarkozy: une baisse drastique de toutes les charges grevant la formation de capital au sein des entreprises, et des taxes punitives sur les hauts revenus susceptibles de s'investir dans de nouvelles entreprises. Une telle baisse de taxes, pour être efficace, ne doit pas être compensée par des hausses d'autres impôts et doit donc être financée exclusivement par une baisse tout aussi spectaculaire des dépenses publiques. Par exemple, une suppression de toutes les interventions directes dans l'économie, telles que les "aides" à l'emploi, subventions "Grenelle" et autres subventions d'équilibres aux canards boiteux du secteur public...

Une telle politique produirait les effets vertueux antagonistes des abominations provoquées par la relance publique: renforcement des capitaux propres des entreprises, augmentation des dépenses d'investissement orientées vers une meilleure satisfaction des besoins de la clientèle, baisse des activités de lobbying et des efforts de captation du produit de l'impôt par des entreprises peu efficaces, etc...

Il n'est de bonne relance que par réduction du poids de l'état dans l'économie.

28 octobre 2008

Gosta ESPING-ANDERSEN avec Bruno PALIER publie « Trois leçons sur l’Etat-providence » aux editions Seuil

En pleine crise financière et au demarrage accéléré de la crise économique, il n'est pas inutile de retourner lire les ouvrages pouvant éclairer la frénésie financière interventionniste de notre gouvernement :

 405287527.gifSi mes convictions quand à la nécessaire réforme de notre société passe par une vision très claire d'un Etat libéral qui serait revenu à ses missions essentielles et traditionelles, d'autres expriment -avec brio- une autre idée de la réforme de la société dans une vision très keynésienne de la nécessaire intervention de l'Etat.

Il paraît opportun même si je ne partage pas ces analyses, qu'elles figurent ici pour nourrir le débat. C'est le cas de l'excellent ouvrage de Gosta Esping-Andersen avec Bruno Palier paru aux éditions Seuil, collection "La République des idées", 2008,

Gosta Esping-Andersen, professeur Danois qui a déjà écrit sur l'Etat Providence, ne soutient pas dans cet opus une énième version de l'Etat Providence (qui depuis son essai « les trois états providence » il conjugue au pluriel) mais essaie d'enrichir le concept en tenant compte de l'évolution économique et sociale et en particulier de « l'économie de la connaissance» qu'à connu le monde occidental.

L'auteur fait d'abord un rapprochement séduisant, car nouveau, entre l'entrée massive des femmes sur le marché du travail et les conséquences que les Etats auraient du pleinement en tirer sur l'évolution nécessaire des systèmes de protection sociale.

A ce rapprochement, l'auteur note qu'en tout état de cause le financement de la protection sociale repose sur les trois piliers Etat, entreprise, famille ; la suppression du financement étatique n'entraîne pas la suppression des dépenses qui se reportent sur les deux autres piliers .. cela nous l'avions compris car les services sociaux seront de toute façon rendus.

Les libéraux font eux le pari que ce type de financement direct perceptible par les ménages rendraient les acteurs de la vie économique plus responsables et économes et limiterait radicalement les excès liés à la gratuité et aiderait à la prise de conscience du coût réel des dépenses financées aujourd'hui par ailleurs.

L'auteur tente la démonstration qu'en 2001, quel que soit les systèmes adoptés en particulier en France, aux Etats Unis et au Danemark, le coût global des dépenses de prestations sociales « la dépense sociale nette » était sensiblement la même.

C'est donc un faux problème pour lui que de limiter les dépenses sociales d'un Etat.

La seconde idée intéressante est le changement de vision qu'il propose en remplaçant l'analyse des dépenses comptables par une analyse plus globale intégrant une évaluation des bénéfices et des autres coûts sociaux induits par la protection sociale à l’échelle de la société, y compris d’une manière purement comptable.

Par exemple, l’activité professionnelle des femmes, si elle génère un surcoût de prestations sociales (comme la garde d'enfants jeunes) est une source de bénéfices, tant pour l’Etat que pour les entreprises ; il prône en particulier une « féminisation des parcours de vie masculins » en permettant notamment la prise de congés paternels et plus généralement un partage des rôles plus égalitaires au sein des couples.

Dans la deuxième « leçon », l’auteur tend à substituer l'égalité des résultats que nous avons selon lui tendance à réclamer à l'Etat, une réelle égalité des chances. Ce faisant, il se rapproche beaucoup plus qu'il ne le croit des analyses libérales qui dans un pays comme la France sont les tenants de l'égalité des chances tandis que les partisans de l'état providence sont plutôt demandeurs d'une égalité de résultats.

En tout état de cause, il a raison lorsqu'il constate que les politiques menées dans les différents Etats cherchent plus un résultat égalitaire -impossible à atteindre- que vers l'organisation d'une égalité initiale des chances. Il a encore plus raison de constater que dans "l'économie de la connaissance" que nous vivons maintenant, l'inégalité des connaissances notamment dans le milieu scolaire s'est nettement aggravée sans que cette inégalité de départ soit véritablement combattue.

Il y a donc place pour une analyse précise des mécanismes de l’inégalité des chances pour agir sur eux. Il ne s'agit pas uniquement d’inégalité de ressources financières, mais bien de la présence d'un environnement favorable ou non à l’apprentissage du fait du rôle réel ou virtuel des parents, de leur propre capital de connaissance.

Gosta Esping-Andersen s'oriente alors vers des solutions typiquement étatiques telles qu'une politique audacieuse de redistribution et une prise en charge collective des enfants très tôt, en âge préscolaire, solution qui me rendent immédiatement extrêmement réticent, seuls des états dictatoriaux ayant, à ce jour, mis en œuvre des politiques globales de ce type.

Ce faisant il ignore l'impact négatif de cette socialisation prématurée sur la structure familiale déjà fortement ébranlée.

Il aborde enfin plus succinctement la mise en œuvre de mesures de discrimination positive, autre débat que nous aborderons certainement un jour

Gosta Esping-Andersen aborde ensuite la question du vieillissement de la population des pays occidentaux.

Il étudie d'abord les contours de la notion de vieillissement qui pour lui ne se limite pas à la notion d'allongement de l'espérance de vie ou de baisse de la fécondité. Il crée le concept de « parcours de vie » qui recense les reports des mutations vers l'age adulte (date du départ du foyer parental, du début de la vie professionnelle, du mariage, des enfants...) en mettant en évidence la diversité croissante de ces parcours qui en particulier rendent plus illusoire un système de financement des retraites par répartition.

Sur ce thème aussi, il se rapproche nettement des libéraux qui dans leur ensemble considèrent un système basé uniquement sur la répartition comme obsolète et voué à l'échec financier.

Gosta Esping-Andersen, qui intègre aussi dans son raisonnement les différences d'espérance de vie selon les vies professionnelles en vient à promouvoir la mise en place d’une retraite de base universelle financée par l’impôt et non les cotisations sociales solution un peu décevante après une analyse brillante sur l 'hétérogénéité croissante des « parcours de vie ».

Si je ne suis pas d'accord, in fine, avec ses conclusions ou préconisations marquées d'une adhésion intellectuelle totale au concept d'état providence, ses observations et la synthèse qu'il en fait, constituent une des contributions les plus ouvertes et originales au débat général sur le rôle de l'Etat dans la nécessaire réforme de la société qui ne peut manquer de s'ouvrir dans notre pays.

19 octobre 2008

VINCENT BENARD PUBLIE SUR SON BLOG ET SUR FACEBOOK : 7 ARGUMENTS CONTRE LES ACCUSATEURS ANTI-LIBERAUX

vincent benard.jpgVincent BENARD vous pose les 7 questions verité dont les réponses demontrent la responsabilité étatique dans la crise financière internationale (extraits) :

"Voilà, en 7 points, l’argumentaire qui vous permettra, je l’espère, de moucher ces  accusateurs anti-libéraux dont vous serez nécessairement la cible. Il est temps de redresser la tête, ne vous laissez plus marcher dessus:

La crise actuelle n’est pas une crise du libéralisme, mais une faillite de l’intervention toujours croissante des états, et notamment l’état américain, dans leurs économies :

1. Dans une société libérale, jamais l’état n’aurait créé un oligopole financier (Fannie Mae et Freddie Mac), forcé pour des raisons politiciennes de racheter en masse des prêts  de qualité très médiocre, hors de toute considération économique.

2. Dans une société libérale, jamais l’état n’aurait pu faire croire à des pauvres qu'il les aidait en votant des lois obligeant les banques à leur prêter de l'argent hors de tout critère habituel de prudence.

3. Dans une société libérale, jamais les propriétaires installés n'auraient pu, via leurs mairies, ériger des barrières réglementaires toujours plus hautes à la construction de nouveaux logements, par des lois de zonage qui ont fait exploser les prix immobiliers et artificiellement gonflé de 4 000 milliards de dollars la bulle que l’on sait.

4. Dans une société libérale, jamais les dirigeants de banques n'auraient cru pouvoir compter sur la garantie de l’état et sur l'argent du contribuable pour couvrir leurs fautes, sans payer à titre personnel un prix très lourd pour leur irresponsabilité, voire leur malhonnêteté.  Les établissements financiers auraient dû organiser d’eux-mêmes et sur leurs fonds propres la garantie des déposants des établissements déficients.

5. Dans une société libérale, aucune administration, aucune majorité politique ne pourrait exonérer certaines entreprises (comme Fannie Mae, Freddie Mac et leurs dirigeants, ou certaines banques d'affaire) des obligations nées du droit commun sous prétexte que cela arrange tel ou tel politicien.

6. Dans une société authentiquement libérale, les taux d’intérêts ne pourraient pas être manipulés par des élites déconnectés des réalités économiques. Le prix de l'argent ne pourrait être que le reflet de l’offre et de la demande de moyens de paiement, et ne pourrait indéfiniment rester artificiellement sur ou sous-évalués, limitant, voire empêchant la formation de bulles spéculatives.

7. Dans une société libérale, le législateur se ferait un point d’honneur de ne pas taxer abusivement la réussite, ce qui permettrait de fonder notre développement sur la saine accumulation de capital, et non sur le développement de bulles de crédit successives.

    

Tous ces facteurs qui ont déclenché, amplifié ou propagé la crise sont nés des interventions étatiques sur l'économie, les marchés financiers, le marché immobilier. Sans cette intrusion constante des états dans la vie des marchés les plus importants pour nos vies, la crise des subprimes n'aurait tout simplement jamais pu se produire."

L'intégralité de cet article est publiée sur la page Facebook de Vincent BENARD et sur le blog çi-dessous référencé :

- http://www.new.facebook.com/profile.php?id=670768813

- http://www.objectifliberte.fr/

18 octobre 2008

ALAIN MADELIN PUBLIE SUR SON FACEBOOK :LE MAUVAIS PROCES FAIT AU CAPITALISME FINANCIER

« A en croire tout ce qui se dit et s’écrit, la crise actuelle serait le fruit d'un capitalisme financier dévoyé, dérégulé, sans foi ni loi. Voilà qui signerait la faillite du libéralisme et annoncerait le grand retour de l’Etat ! Cet acte d'accusation travestit cependant la réalité. La reconstitution des faits qui ont généré, diffusé et amplifié la crise nous dit tout autre chose.

D’abord parce que les subprimes à l’origine de la crise aux Etats-Unis sont la création du marché politique et non celle des marchés financiers. Pour faciliter l’accès à la propriété de ménages insolvables des catégories les plus pauvres et des minorités, on a voté des lois – le Community Reinvestment Act, afin de forcer les banques à leur prêter sous peine de procès pouvant conduire jusqu’à l’interdiction des banques elles-mêmes. On a aussi surtout utilisé des entités parapubliques, Fanny Mae et Freddie Mac, pour garantir des prêts octroyés à des conditions préférentielles et fabriquer des objets hypothécaires publics non identifiés.

Parce qu’ensuite, c’est une autre politique publique – celle de l’argent bon marché menée par la FED après 2001 – qui a provoqué une hausse euphorisante des prix de l’immobilier. La solvabilité des ménages augmentait avec la valeur de leur maison et Fanny Mae et Freddie Mac distribuaient toujours plus de crédits subprimes, sous la pression des autorités publiques républicaines et démocrates qui les dispensèrent même de règles de transparence comptable.
Jusqu'au jour où, suite à la remontée des taux de la FED, le marché immobilier s’est retourné, en entraînant une remontée du taux de défaillance des subprimes.

Cette défaillance s’est propagée du fait que ces créances hypothécaires bénéficiant d’un label implicite de l'État avaient été à la faveur des innovations financières incorporées dans des produits financiers complexes et disséminés sur une très large échelle.
Il n'y a rien de plus stupide que de faire porter la responsabilité de la crise à ces innovations financières conçues pour diviser et réduire les risques. Il serait tout aussi stupide de condamner les cutters au motif qu'ils peuvent servir à détourner un avion, où les avions au motif qu'ils peuvent contribuer à propager une épidémie.

En revanche, les utilisateurs imprudents de ces outils financiers portent une part de responsabilité. Paradoxalement les acteurs les moins réglementés de la finance comme les hedge funds ne sont pour rien dans la crise. Celle-ci s’est propagée dans un secteur réglementé et surveillé.

Les agences de notation financières sous le feu de la critique constituent un oligopole de fait dans le cadre d’un statut octroyé par le gendarme américain de la bourse, la SEC. Elles sont soumises en Europe à la réglementation des Etats à la suite d’une directive de 2003. De leur côté les banques d’investissements et les banques commerciales utilisatrices imprudentes de ces produits toxiques sont aussi encadrées et contrôlées. Les premières sont surveillées par la SEC qui les a autorisées à engager jusqu'à 30 ou 40 fois leurs fonds propres ! Les secondes, étroitement réglementées sont supervisées par la FED. Elles ont vu l’interdiction historique, de mélanger les activités de dépôt avec les activités à risques, levée en 1999. Elles ont contourné, au su et au vu de leurs autorités de tutelle, les règles bancaires pour créer des véhicules spéciaux d'investissement logés hors bilan afin de profiter elles aussi de l'argent bon marché et des innovations financières.

Tout autant que les autorités de surveillance, la régulation financière mérite d’être mise en cause. Les normes comptables et prudentielles en vigueur ont amplifié et accéléré la crise au lieu de l'enrayer.

De nouvelles normes comptables ont obligé les banques et les entreprises à donner dans leur bilan une valeur à leurs actifs qui correspond à chaque instant au prix auquel elles pourraient le vendre si elles devaient le faire. Ces règles dites, de « juste valeur » ou de «mark to market », perdent leur sens quand le marché désorienté, en panne de confiance, s'écroule ou qu'il n'y a même plus de marché. Le prix bradé devient un prix de référence qui détruit de proche en proche tous les bilans.

Une telle réaction en chaîne qui multiplie les vendeurs forcés et fait baisser les prix rappelle la machine infernale de la crise de 1929 théorisée par le grand économiste américain Irving Fisher sous le nom de « déflation-dépression par la dette ». Sauf que cette fois les défaillances en cascade provenaient de la contagion comptable d’une défaillance initiale. C’est ce qui m’avait fait très tôt parler d’un risque de « déflation par la norme ».

De leur côté les règles prudentielles qui s'appliquent aux banques font qu’une dévalorisation comptable de leurs actifs doit être compensée par la vente d'autres actifs, une recapitalisation , ou par des provisions comptables. Pour 100 de provisions, la banque se doit de couper 1200 de crédit. Dès lors la réaction en chaîne de la contraction du crédit mène à la crise systémique et à la dépression durable.

C’est ce risque majeur qui justifie l’intervention rapide des Etats et les banques centrales qui sont par nature producteurs légitimes de sécurité de confiance.

Le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’ont pas été à la hauteur de la crise. Leurs hésitations et leurs errements ont hélas laissé se propager l’incendie. Il eût fallu à l'évidence aussitôt nationaliser les pertes des subprimes - c'est-à-dire transformer leur garantie publique implicite en garantie explicite -. Il était tout aussi nécessaire d’empêcher la propagation des actifs contaminés au travers des normes comptables, soit en les isolant dans des structures de defeasance, soit en les dispensant du « mark to market ».

On reste confondu devant le G8 surréaliste du mois d'août qui a occulté la crise financière pour parler du prix du pétrole et des risques d'inflation. Devant la confusion qui a entouré le Plan Paulson . Devant le lâchage surprise de Lehman Brothers qui a engendré la panique.

Et que dire en Europe sur le passage d'un tout va bien rassurant à des interventions d'extrême urgence. Sur les mesures non coordonnées entre les États-Unis et l'Europe, entre les pays européens eux-mêmes, les annonces erratiques des garanties publiques aux dépôts bancaires, Il a fallu côtoyer le gouffre pour que s’engage enfin une réaction coordonnée, à l’envergure de la crise

Plutôt que de parler de la faillite du capitalisme financier et de vouloir engager son procès, mieux vaudrait faire l'examen tant des failles de la régulation que des fautes et des erreurs des régulateurs et des autorités publiques, à commencer par la question des banques centrales et des politiques monétaires.

Si assurément la finance a besoin de nouvelles règles, la genèse et la conduite de la crise invitent à la prudence et à la modestie.»

 

Cette analyse brillante et pertinente comme à son habitude que nous propose , Alain Madelin, outre que comme chaque fois qu'il prend désormais rarement la parole nous ravit et nous éclaire, permet de poser mes premières conclusions personelles sur les derniers évènements :

La crise financière actuelle et la recherche de bouc émissaire dans le capitalisme et le libéralisme associés dans la même confusion terminologique est en train de réouvrir le débat intellectuel et même ideologique, chacun sentant bien que la dénonciation incantatoire de exces du capitalisme est une "reflexion" très courte.

A travers une exigence d'explication nous en train en France de redefinir aux yeux des publics intéressés ce qu'est le libéralisme.


Dans un pays comme le nôtre ou l'irrationnel comme la désinformation à propos du libéralisme, qui ne pouvait qu'être "ultra" cette crise financière va peut être permettre de déstabiliser le mensonge consensuel autour de nos idées...... en tout cas c'est bien la première fois que, autour de moi, quand je parle liberalisme , je me sens vraiment écouté...

 

Pour complèter votre réflexion voir les blogs :

- http://www.grenoble-liberale.org

- http://al94thierryvimal.hautetfort.com

- Facebook d'Alain Madelin : http://www.new.facebook.com/profile.php?id=820857489 

07 octobre 2008

LE QUOTIDIEN LES ECHOS A SCRUTE LE PROJET DE BUDGET POUR 2009

BUDGET 2009 : Le quotidien "les échos" de ce jour mardi 7 Octobre nous apprend quelques chiffres intéressants sur le train de vie de l'Etat :

"Les crédits de l'Elysée en hausse de 11 % : 112,3 millions au total.

Pour 2009, le projet de loi de Finances prévoit des hausses de crédits significatives pour la mission « pouvoirs publics ». La présidence de la République voit son enveloppe budgétaire augmenter de 11,4 %, pour atteindre 112,3 millions d'euros. L'an passé, le périmètre de l'Elysée avait été modifié par le Parlement, de façon à consolider tous les crédits de fonctionnement et de rémunération des personnels, sommes jusqu'alors assumées par une douzaine de ministères. L'enveloppe de la présidence était ainsi passée de 32,3 à 100,8 millions.

L'Assemblée voit son budget 2009 enregistrer une progression de 3,8 %, à 554,2 millions, tandis que celui du Sénat, à 332,2 millions, n'évolue que de 1,4 %, car il est demandé à la Haute Assemblée, comme en 2008, de puiser sur ses réserves. La Chaîne parlementaire bénéficie d'une hausse de 7,4 %, à 30,7 millions. Mais le record de hausse est accordé au Conseil constitutionnel, dont les crédits passent de 7,7 à 12,5 millions (+ 60,7 %)."

Question simple, certainement du niveau du café du commerce du coin de la rue, mais marquante :

Comment convaincre les français que les caisses sont vides qu'avec la crise financière, la récession.. etc. chacun va devoir faire un effort financier important .. s'il n'y a pas de mesures même financièrement symboliques qui seraient aussi convaincantes qu'une réduction du train de vie de l'Etat ...

Mais savent ils encore « la haut » comment vivre plus décemment ou économiser notre argent, et comment ils demandent aux Français de vivre ?

 

05 octobre 2008

VINCENT BENARD PUBLIE SUR SON BLOG :

vincent benard.jpgCrise des subprimes: quelles réformes pour le système bancaire ? Quelle régulation ?

En date du 29 septembre dernier sur : http://www.objectifliberte.fr avec l'aimable autorisation de Vincent BENARD.

Il semble que malgré de fortes réticences initiales, l'on s'achemine vers un vote à une courte majorité du plan Paulson de sortie de crise des subprimes, déjà analysé et critiqué ici, par le congrès. C'est donc le contribuable américain qui fera les frais de l'incurie des banquiers accrochés aux faveurs et subventions de l'état. Pourtant, d'autres solutions de sortie de crise étaient envisageables et auraient dû faire l'objet de débats.


Court terme : permettre aux banques & acteurs financiers de rééquilibrer leurs bilans sans faire appel au contribuable

J'ai déjà eu l'occasion d'exposer une alternative au plan Paulson, émise par l'économiste de l'école de Chicago Luigi Zingales (maintenant disponible en page web): puisque l'état est obligé d'intervenir à cause de sa garantie sur les comptes bancaires individuels via le FDIC, autant qu'il le fasse intelligemment, par exemple en "forçant" une titrisation des actifs douteux.

En voici d'autres, qui pourraient d'ailleurs être utilisées conjointement:

> Allan Meltzer (Carnegie Mellon U.) pense que l'état, quitte à intervenir, devrait prêter l'argent du contribuable, pas le donner en échange d'actifs pourris qu'il risque fort de surpayer :

"if they're going to do something, then what they ought to do is make loans, which the financial institutions have to repay with interest. And if you think -- that's an idea which the Chileans have used in a bigger crisis than this for them in 1982, and it worked for them. People paid back the loans. They weren't allowed to pay dividends until they repaid the loans. They weren't allowed to take bonuses until they repaid the loans. I think that's the way -- if we're going to do this, then that's the way we should do it."

> Luigi Zingales, encore lui, avec son complice d'écriture Raghuram Rajan, complète sa proposition de titrisation avec la suggestion suivante :

"Raghuram Rajan and Luigi Zingales of the University of Chicago suggest ways to force the banks to raise capital without tapping the taxpayers. First, the government should tell banks to cancel all dividend payments. Banks don't do that on their own because it would signal weakness; if everyone knows the dividend has been canceled because of a government rule, the signaling issue would be removed. Second, the government should tell all healthy banks to issue new equity. Again, banks resist doing this because they don't want to signal weakness and they don't want to dilute existing shareholders. A government order could cut through these obstacles."

Il est délicat de juger la valeur de ces propositions hors une analyse aprofondie, mais elles ont le bon goût d'alléger la charge du contribuable. Contrairement au plan Paulson.

Propositions à moyen et long terme: réformer le système bancaire en replaçant en son centre la responsabilité privée, y compris en cas de faillite

Le principal problème de ce plan est que rien ne semble prévu pour préparer l'après crise. Certes, l'administration Bush n'en a plus que pour quatre mois. Mais il aurait été bon que cette administration, laquelle, quelle que soit les responsabilités avérées des démocrates dans la débâcle (voir aussi ici), n'en a pas moins été celle qui était en charge de prévenir ce genre de crise, commence à poser les jalons d'une réforme en profondeur du système bancaire américain.Que cela ne nous interdise pas, d'ailleurs, d'en faire de même en Europe ou en France.

Or, il semblerait que Fannie Mae et Freddie Mac ne voient leur activité évoluer qu'en surface, et que l'on s'achemine surtout vers plus de régulations étatiques, dont nous avons pourtant pu goûter l'incroyable inefficacité, ou plutôt l'étonnante toxicité, quoiqu'en disent tous les antilibéraux du monde.

Une telle réforme doit à mon sens empêcher que l'état ait le monopole de la réglementation des institutions bancaires, car alors nous avons vu combien des intérêts peu scrupuleux pouvaient s'allier avec l'état pour s'exonérer des règles générales et spolier les groupes moins organisés pour se défendre contre cette prédation: fannie Mae et Freddie Mac étaient devenues de véritables officines d'enrichissement de leurs exécutifs, et les banques d'affaires aujourd'hui rachetées ou en difficulté avaient obtenu on ne sait trop comment des faveurs comptables de la SEC. Ces règles à géométrie variable en fonction de critères uniquement politiques, sans considération des notions économiques les plus élémentaires, ont en quelques années totalement déstabilisé le système financier mondial.

Les grands axes de la réforme devraient à mon sens être les suivants, quand bien même les détails de la mise en oeuvre de telles orientations doivent être évidemment peaufinés, et quand bien même d'autres peuvent avoir des propositions encore meilleures, je ne prétends pas être un spécialiste pointu de la mécanique bancaire ! Exigence de transparence, concurrence, responsabilité privée et état cantonné au rôle d'arbitre par le biais de sa branche judiciaire, en sont les piliers.

·     Restaurer la co-responsabilité des banques et des déposants quant à la solvabilité des établissements, en levant tous les obstacles juridiques à la création d'un système  d'assurances privées des comptes bancaires en concurrence les unes contre les autres, soit interbancaires (souscrites par les banques), soit assurancielles (souscrites par les déposants) - Supprimer le FDIC et tout organisme de garantie publique des comptes, dont l'existence pousse les managers de banques à l'irresponsabilité et l'état à ouvrir la bourse des contribuables.

·     L'état ne peut à la fois être régulateur par l'action du pouvoir judiciaire et opérateur par la possession d'entreprises publiques ou para-publiques. Ce mélange des genres est systématiquement générateur de dérives, comme on l'a vu en France avec le Crédit Lyonnais. Fannie Mae et Freddie Mac doivent disparaître du paysage bancaire mondial.

·     Obliger les banques à intégrer à leur bilan toutes les opérations actuellement hors bilan qui impliquent un engagement financier de l'établissement, et naturellement supprimer tout encouragement de l'état à maintenir la présence de ces opérations hors bilan, comme il l'a fait avec Fannie Mae et Freddie Mac. D'une façon générale, il faut réclamer des banques la publication de comptes absolument honnêtes, et laisser une justice totalement indépendante sanctionner les abus. C'est une base du droit de propriété à laquelle il convient, pour un tribunal, de se référer, même en l'absence de norme détaillée.

·     Il faut en contrepartie cantonner la SEC à la surveillance des fraudes boursières (manipulations de cours) mais ne pas lui demander d'être à la fois législateur et contrôleur des ratios de  solvabilité des sociétés cotée.

·     Supprimer tout obstacle à la cartellisation des actionnaires minoritaires afin de rendre plus difficile, pour des dirigeants de grande banque peu ou pas actionnaires de leur groupe, d'arbitrer en faveur de leurs bonus annuel contre l'intérêt de leurs actionnaires. Plutôt que de limiter les bonus par la loi, ce qui est contreproductif, il faut augmenter les moyens de coercition des actionnaires sur les dirigeants insuffisants.

·     Supprimer toute forme d'approbation publique des agences de notation, dont l'on a vu qu'elle a débouché sur la formation d'un oligopole peu performant protégé artificiellement de la concurrence de nouveaux entrants, et en contrepartie, exiger des assureurs des banques qu'ils publient en continu leur rating interne et la prime d'assurance de chaque banque assurée, avec des critères définis en langage intelligible. Bien sûr, l'assureur devra, s'il le souhaite, se réassurer auprès de réassureurs entièrement privés (comme Münich Re ou équivalents), l'état se désengageant de toute forme de garantie.

·     De fait, les assureurs et les banques devront travailler de concert pour définir les ratios prudentiels permettant à la fois de permettre aux banques de faire travailler l'argent (c'est leur métier) et aux assureurs de minimiser leur risque. Le tout dans une transparence sinon parfaite (cela n'existe pas), du moins très forte, tant les notations que les critères devant être publics.

·     Retrouver une fiscalité des gains en capital suffisamment neutre pour permettre aux banques de refinancer une plus grande partie de leurs opérations de crédit par des apports en capital plutôt que par le placement de dettes obligataires, ce qui améliorerait considérablement leurs ratios de fonds propres. Ce point, développé entre autres par l'économiste Philippe Nataf, fera l'objet de notes ultérieures.

·     Ne pas subordonner l'action des banques à des objectifs politiques. Ne pas leur imposer de quotas de crédits accordés à des pauvres, des noirs, des gros, des énarques ou que sais-je encore. Pas de CRA, pas de fausse solidarité forcée. Une banque doit pouvoir jouer son rôle prudentiel en dissuadant une personne objectivement peu solvable d'obtenir un crédit de longue durée sans être accusée de racisme ou de discrimination. 

·     La loi doit laisser les banques libres du choix de leur business model, soit diversifié, soit spécialisé. Les "barrières étanches" ne doivent concerner que les départements d'analyse et de trading.

Compétition entre normes privées contractuelles

Ainsi, sous la surveillance conjointe des actionnaires et des déposants, sans parachute public, le marché décidera quelles normes représentent les meilleurs compromis entre nécessaire prise de risque (il faut bien gagner de l'argent) et indispensable prudence.

Ce concept de concurrence entre normes privées contractuelles, le rôle de l'état se bornant à faire respecter ces contrats normatifs et à juger les fautes commises, n'est pas familier. Il fut pourtant la norme au temps de "la banque libre", au XIXème siècle. Simplement, à cette époque, l'information ne circulait pas aussi bien et vite qu'aujourd'hui. Ce fonctionnement est à mon sens infiniment supérieur à l'édition d'une norme rigide par l'état, dont nous avons vu qu'elle encourageait les stratégies de contournement (création de dérivés complexes que les fonctionnaires ne peuvent pas suivre), et la recherche éhontée d'exemptions et de passe droits.

J'invite ceux que le concept de normes privées concurrentielles intéresse à redécouvrir cet excellent texte de Christophe Goossens,  avocat à Bruxelles, prononcé suite à l'affaire Enron lors d'un événement organisé par l'institut Hayek.

Un tel système ne serait assurément pas parfait -- mais aucun système ne peut prétendre l'être --, mais il replacerait clairement les responsabilité de la gestion des instruments monétaires et financiers entre des mains qui, clairement, n'auraient aucun intérêt à le voir tomber, ni à se montrer négligent à son égard. Les faillites de banques pourraient se produire, car l'être humain est faillible quel que soit le système qui l'encadre, mais l'assurance privée concurrentielle limiterait considérablement les risques de contagion systémique, et l'absence de garantie publique obligerait les actionnaires et les déposants à ne pas se reposer sur le plus inapte des gardiens du temple, l'état, et à exercer un contre pouvoir effectif sur la direction des établissements bancaires.

----

A long terme

Enfin, le système monétaire international  me paraît devoir évoluer. Comment ? Je ne sais aujourd'hui. Mais dans ce domaine comme ailleurs, laisser la concurrence entre monnaies s'instaurer pour permettre aux usagers de la monnaie, c'est à dire nous tous, de sélectionner les instruments monétaires les plus susceptibles de conserver leur valeur paraîtrait sain, même si c'est conceptuellement hardi.  Il est temps que banquiers, économistes et politiciens éclairés proposent des voies permettant de sortir des errances monétaires actuelles qui divisent la valeur des monnaies par deux tous les vingt à quarante ans et qui permettent des phases de création monétaire déconnectées sur de longues périodes de la création de valeur réelle par les agents économiques.

Une telle réforme ne peut être implémentée que si elle est largement comprise de l'opinion: il ne faut donc pas rêver d'un grand chambardement monétaire demain. Mais assurément, l'ère de la monnaie purement fiduciaire monopolistique doit être remise en cause.

----

Naturellement, l'on ne peut être que très pessimiste sur la capacité des dirigeants de ce monde de changer de paradigme réglementaire. Nous nous acheminons plutôt vers un renforcement des usines à gaz de type Bâle II, de nouvelles agences publiques de "régulation" des "méchants marchés", et autres fausses bonnes solutions qui ne feront que préparer les crises futures.

Cela ne doit pas empêcher d'essayer de faire entendre une voix différente.

Pour une analyse fouillée et précise de la crise financière que nous vivons, allez absolume+nt voir le dossier "crise des subprimes" sur le blog http://www.obectifliberte.fr qui rassemble différents articles de l'auteur sur ce thème.

22 septembre 2008

REACTION A L'ARTICLE "RSA, ISF" PUBLIE DANS LA TRIBUNE

Extraits de l'article initial  :

"RSA, ISF : élevons le débat..." Par Jean-Claude Seys, président de MMA et PDG de Covéa.

Le recours à une nouvelle taxe pour financer le revenu de solidarité active (RSA) a déclenché de violentes réactions, focalisées le plus souvent sur cette mesure, mais élargies parfois à la fiscalité en général. Ce qui frappe cependant le plus, tant dans la décision elle-même que dans les réactions qu'elle a déclenchées, c'est leur caractère ponctuel.(...)

article repris integralement sur