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23 avril 2008

Gosta ESPING-ANDERSEN avec Bruno PALIER publie « Trois leçons sur l’Etat-providence » aux editions Seuil

 

405287527.gifSi mes convictions quand à la nécessaire réforme de notre société passe par une vision très claire d'un Etat libéral qui serait revenu à ses missions essentielles et traditionelles, d'autres expriment -avec brio- une autre idée de la réforme de la société dans une vision très keynésienne de la nécessaire intervention de l'Etat.

Il paraît opportun même si je ne partage pas ces analyses, qu'elles figurent ici pour nourrir le débat. C'est le cas de l'excellent ouvrage de Gosta Esping-Andersen avec Bruno Palier paru aux éditions Seuil, collection "La République des idées", 2008,

Gosta Esping-Andersen, professeur Danois qui a déjà écrit sur l'Etat Providence, ne soutient pas dans cet opus une énième version de l'Etat Providence (qui depuis son essai « les trois états providence » il conjugue au pluriel) mais essaie d'enrichir le concept en tenant compte de l'évolution économique et sociale et en particulier de « l'économie de la connaissance» qu'à connu le monde occidental.

L'auteur fait d'abord un rapprochement séduisant, car nouveau, entre l'entrée massive des femmes sur le marché du travail et les conséquences que les Etats auraient du pleinement en tirer sur l'évolution nécessaire des systèmes de protection sociale.

A ce rapprochement, l'auteur note qu'en tout état de cause le financement de la protection sociale repose sur les trois piliers Etat, entreprise, famille ; la suppression du financement étatique n'entraîne pas la suppression des dépenses qui se reportent sur les deux autres piliers .. cela nous l'avions compris car les services sociaux seront de toute façon rendus.

Les libéraux font eux le pari que ce type de financement direct perceptible par les ménages rendraient les acteurs de la vie économique plus responsables et économes et limiterait radicalement les excès liés à la gratuité et aiderait à la prise de conscience du coût réel des dépenses financées aujourd'hui par ailleurs.

L'auteur tente la démonstration qu'en 2001, quel que soit les systèmes adoptés en particulier en France, aux Etats Unis et au Danemark, le coût global des dépenses de prestations sociales « la dépense sociale nette » était sensiblement la même.

C'est donc un faux problème pour lui que de limiter les dépenses sociales d'un Etat.

La seconde idée intéressante est le changement de vision qu'il propose en remplaçant l'analyse des dépenses comptables par une analyse plus globale intégrant une évaluation des bénéfices et des autres coûts sociaux induits par la protection sociale à l’échelle de la société, y compris d’une manière purement comptable.

Par exemple, l’activité professionnelle des femmes, si elle génère un surcoût de prestations sociales (comme la garde d'enfants jeunes) est une source de bénéfices, tant pour l’Etat que pour les entreprises ; il prône en particulier une « féminisation des parcours de vie masculins » en permettant notamment la prise de congés paternels et plus généralement un partage des rôles plus égalitaires au sein des couples.

Dans la deuxième « leçon », l’auteur tend à substituer l'égalité des résultats que nous avons selon lui tendance à réclamer à l'Etat, une réelle égalité des chances. Ce faisant, il se rapproche beaucoup plus qu'il ne le croit des analyses libérales qui dans un pays comme la France sont les tenants de l'égalité des chances tandis que les partisans de l'état providence sont plutôt demandeurs d'une égalité de résultats.

En tout état de cause, il a raison lorsqu'il constate que les politiques menées dans les différents Etats cherchent plus un résultat égalitaire -impossible à atteindre- que vers l'organisation d'une égalité initiale des chances. Il a encore plus raison de constater que dans "l'économie de la connaissance" que nous vivons maintenant, l'inégalité des connaissances notamment dans le milieu scolaire s'est nettement aggravée sans que cette inégalité de départ soit véritablement combattue.

Il y a donc place pour une analyse précise des mécanismes de l’inégalité des chances pour agir sur eux. Il ne s'agit pas uniquement d’inégalité de ressources financières, mais bien de la présence d'un environnement favorable ou non à l’apprentissage du fait du rôle réel ou virtuel des parents, de leur propre capital de connaissance.

Gosta Esping-Andersen s'oriente alors vers des solutions typiquement étatiques telles qu'une politique audacieuse de redistribution et une prise en charge collective des enfants très tôt, en âge préscolaire, solution qui me rendent immédiatement extrêmement réticent, seuls des états dictatoriaux ayant, à ce jour, mis en œuvre des politiques globales de ce type.

Ce faisant il ignore l'impact négatif de cette socialisation prématurée sur la structure familiale déjà fortement ébranlée.

Il aborde enfin plus succinctement la mise en œuvre de mesures de discrimination positive, autre débat que nous aborderons certainement un jour

Gosta Esping-Andersen aborde ensuite la question du vieillissement de la population des pays occidentaux.

Il étudie d'abord les contours de la notion de vieillissement qui pour lui ne se limite pas à la notion d'allongement de l'espérance de vie ou de baisse de la fécondité. Il crée le concept de « parcours de vie » qui recense les reports des mutations vers l'age adulte (date du départ du foyer parental, du début de la vie professionnelle, du mariage, des enfants...) en mettant en évidence la diversité croissante de ces parcours qui en particulier rendent plus illusoire un système de financement des retraites par répartition.

Sur ce thème aussi, il se rapproche nettement des libéraux qui dans leur ensemble considèrent un système basé uniquement sur la répartition comme obsolète et voué à l'échec financier.

Gosta Esping-Andersen, qui intègre aussi dans son raisonnement les différences d'espérance de vie selon les vies professionnelles en vient à promouvoir la mise en place d’une retraite de base universelle financée par l’impôt et non les cotisations sociales solution un peu décevante après une analyse brillante sur l 'hétérogénéité croissante des « parcours de vie ».

Si je ne suis pas d'accord, in fine, avec ses conclusions ou préconisations marquées d'une adhésion intellectuelle totale au concept d'état providence, ses observations et la synthèse qu'il en fait, constituent une des contributions les plus ouvertes et originales au débat général sur le rôle de l'Etat dans la nécessaire réforme de la société qui ne peut manquer de s'ouvrir dans notre pays.

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