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15 avril 2008

Antoine GARAPON publie"PEUT ON REPARER L'HISTOIRE ?" aux éditions Odile JACOB

Antoine GARAPON publie « peut on réparer l'histoire – colonisation, esclavage, Shoah »aux éditions Odile Jacob 2008

1073044532.gifAntoine GARAPON ancien magistrat, membre du comité de rédaction de la revue Esprit et qui dirige l'Institut des Hautes Etudes sur la justice se penche sur la nouvelle place donnée ces dernières années à une vision judiciaire de la démocratie et de la réparation des préjudices subis par des personnes mais aussi par des communautés victimes de l'Histoire.

Cette montée en puissance d'une volonté de réponse judiciaire aux «  accidents de l'histoire » qui participe de la part des victimes à une reconnaissance sociale de leur statut, tends à attribuer un rôle à la justice qui dépasse largement celui de gardien du respect des lois pour redevenir ce qu'elle a été parfois dans le passé, lors de périodes troublées, soit l'arbitre de la morale dominante, soit l’ultime rempart et protecteur des personnes et de leur devenir.

Cette évolution est manifestement l'indice d'une fragilité de la société démocratique et des pouvoirs politiques à assumer leur rôle de gardien du salut des citoyens comme de la morale publique puisque ceux-ci vont chercher dans les institutions judiciaires une protection ou une réponse qu'il considèrent ne plus obtenir du pouvoir politique défaillant.

Cette fragilité démocratique paraît d'autant plus évidente que ce mouvement participe d'une des atteintes croissantes au principe de séparation des pouvoirs sur lequel sont fondées nos démocraties occidentales.

La collusion si ce n'est confusion entre les politiques à la tête de l'Etat et les quelques groupes privés à la fois propriétaires de la quasi totalité des médias français tout en vivant et dépendant de la commande publique en est une autre illustration.

Le juge prend donc la place du politique ce qui n'est pas sa fonction ni même relève de sa formation et encore moins de sa légitimité politique.

Ce livre attire notre attention, sur la rupture d'équilibre entre les pouvoirs et les dangers de cette évolution pour nos institutions démocratiques.

En outre, Monsieur Garapon nous oblige à nous interroger sur l'irruption d'une justice privée d'indemnisation, donc à caractère financier, puisque l’on ne sait pas réparer plus simplement, pour solder les comptes de l'Histoire.

Si l'intervention de la justice internationale à Nuremberg mais dans un contexte politique dominant le procès de bout en bout pour apporter une réponse de principe aux crimes contre l'humanité du nazisme n’as pas troublé à l’époque, les réparations financières actuelles ne paraissent pas participer d'un mouvement aussi clair et constructif pour le lien social comme pour la nécessaire réconciliation, étape qui avec la repentance permet à la société internationale d'espérer un monde meilleur.

Cet ouvrage, qui ne cherche pas le succès d'édition facile, à le grand mérite de poser les questions essentielles qui ne sont pas traitées à la une de l'actualité même si elles sont manifestement déterminantes pour l'évolution de notre nation comme de la société internationale.

Accessoirement le juriste se posera la question du caractère positif d'une certaine marchandisation de la réparation de tout préjudice y compris les plus politiques ou historiques.

Un ouvrage à lire absolument pour porter un regard plus profond sur les multiples revendications d’un statut juridique de victime, qui, en outre, nous oblige à une constante relecture de notre histoire récente ou plus lointaine.

Avoir 16

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